« La Petite Bonne » de Bérénice Pichat : une gueule cassée. Une nouvelle bonne. Un pistolet
« La Petite Bonne » est le quatrième roman d’une institutrice qui mène à ses heures perdues des recherches sur la Première Guerre mondiale. Son histoire, elle la place dans les années 1930 et la riche demeure d’un couple de la banlieue parisienne où la vie s’étire et se retire depuis des années. Lui est un ancien pianiste en chaise roulante ; il a perdu dans les tranchées de la Somme son visage et ses mains. De sa chambre, il observe sa femme qu’il voudrait libérer de sa présence et des sacrifices consentis. Avec l’arrivée d’une nouvelle bonne, différente des autres, un espoir : voudra-t-elle l’aider à se servir d’un pistolet qu’il a caché en vue d’une possible libération ? Madame part en week-end. Tous deux vont rester seuls. Le huis clos captive. Et le roman devient plus intense encore – il l’était déjà, par la force des vers libres (un hommage à Joseph Ponthus, auteur d’« A la ligne ») pour décrire une vie de servitude qui vous avale chaque jour à l’heure où blanchit la campagne.
Dans ce livre fascinant, rien ne se passe selon les convenances. La servante a du caractère. Ce qu’elle voit de cette gueule cassée qui écoute en pleurant Mozart sur cette chose étonnante et magique qu’est le gramophone la pousse à ouvrir grand les fenêtres de sa chambre devenue un tombeau. De le sentir si humilié au moment de la toilette lui donne une idée folle. Oter sa robe. Etre nue elle aussi. Montrer son corps martyrisé par un mari violent. Les voici tous les deux, simples humains passés de l’autre côté des apparences, réunis par la musique et un destin qui les malmène. Bérénice Pichat a du talent. L’alternance de vers libres et de prose sonne juste tout du long. Il y a de remarquables romans en cette rentrée. « La Petite Bonne » est pour l’auteure de ces lignes le plus beau d’entre tous.





















