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Hadewijch

 

Choquée par la foi extatique et aveugle d'Hadewijch, une novice, la mère supérieure la met à la porte du couvent. Hadewijch redevient Céline, jeune Parisienne et fille de diplomate. Sa passion amoureuse pour Dieu, sa rage et sa rencontre avec Yassine et Nassir l'entraînent, entre grâce et folie, sur des chemins dangereux.

LA CRITIQUE TV DE TELERAMA DU 27/11/2010

Film de Bruno Dumont (France, 2009). 105 mn. Inédit. Avec Julie Sokolowski : Céline. Yassine Salim : Yassine. Karl Sarafidis : Nassir.

Genre : initiation.

L'héroïne, 20 ans à peine, se fait renvoyer d'un couvent où elle séjournait parce que son exaltation et son abstinence embarrassent. Au revoir Hadewijch - son pseudonyme au couvent -, bonjour Céline, étudiante parisienne en théologie. Chaste, amoureuse éperdue du Christ, bien née, mais complètement désemparée, seule avec ses prières, sa soif de transcendance et son petit chien blanc. Le film raconte son itinéraire, son errance, sa dérive. Vite, elle rencontre Yassine, jeune banlieusard qui, faute de parvenir à la séduire, la présente à son grand frère musulman, tout dévoué comme elle à son Dieu...

Bruno Dumont avait jusqu'ici surtout filmé le Nord. Délocalisé à Paris chez les très riches, puis en banlieue défavorisée, il reste un cinéaste antisociologique. Qu'importe l'environnement, seuls comptent le pouvoir d'évocation des plans, l'émotion qu'ils suscitent. Mais le réalisateur manifeste une attention nouvelle à la jeunesse, qui réchauffe son cinéma pictural. Les échanges sont vivants, spontanés, pas si loin de Doillon.

Cette inflexion chaleureuse rejoint le mouvement profond du film, paradoxalement le moins « métaphysique », le moins mystique de Bruno Dumont. Car l'amour dévorant de Céline pour le Christ, puis son rapprochement avec les islamistes ne sont que des étapes vers une modeste renaissance, une réconciliation bouleversante avec le monde effectif et charnel. Cette fois, le cinéaste - qui fut, peut-être à tort, étiqueté « bressonnien » - décrit une trajectoire qui va nettement du ciel à la terre. Et c'est très beau aussi.

 

 

Louis Guichard