Le gouffre Enrico Morovich
Malgré le prestige de Tommaso Landolfi ou le succès de Dino Buzzati, la littérature italienne d’inspiration fantastique reste à découvrir ; ainsi ce roman publié une première fois en 1956, et qui est aussi une fable, un suspense, une allégorie.
Au cœur du récit, le gouffre lui-même, le précipice où se trouvent jetées les unes après les autres les victimes de Natale Mei, dit Dalo, neveu indigne en mal d’héritage. Par son attraction vertigineuse, le gouffre transforme en danse macabre l’agitation tragi-comique des personnages, humains dérisoires et chiens qui parlent, vivants et spectres dépossédés d’eux-mêmes par des forces obscures, âmes en peine que poussent des vents telluriques. Devant la fragilité des situations, ces fétus de paille, par opportunisme, évoluent du pitoyable à l’odieux, sous le regard de l’auteur dont on ne sait s’il préfère le rôle du moraliste faussement désinvolte ou du misanthrope tenté par le cynisme.
Danse macabre, mais aussi « divine comédie », car les cercles de l’enfer sont là pour engloutir la faute et sa mémoire, tandis qu’en surface le maître mot demeure mouvement, vitesse, dans un maeltsröm où l’ivresse des apparences indique sans relâche une intériorité impossible, un idéalisme brutalement tronqué.