Amos Oz: « Judas a cru en Jésus »
A l’occasion de la parution en France de son roman Judas (Gallimard), l'écrivain israélien Amos Oz s'est exprimé mardi 6 septembre au Musée d'art et d'histoire du Judaïsme. A l’occasion de la parution en France de son roman Judas (Gallimard), Amos Oz a tenu une conférence ce mardi 6 septembre, au musée d’art et d’histoire du judaïsme. L’écrivain israélien, en conversation avec la journaliste du Monde Josyane Savigneau, s’est exprimé sur les nombreux thèmes qui traversent le roman déjà traduit en 15 langues. L’histoire se déroule il y a 51 ans, dans un Jérusalem dont l’auteur avoue être « nostalgique », et met en scène trois personnages principaux dans une même maison isolée : Gershom Wald, « un vieux handicapé qui a perdu la foi en tout », Attalia, « furieuse contre toute la gente masculine » dont s’amourache le jeune Shmuel Asch, qui à l’opposé de Wald veut changer le monde et s’intéresse à Jésus dans la religion juive. Concernant le Christ, qui est l’un des sujets récurrents du roman avec Judas Iscariote, Amos Oz affirme : « Lorsque Jésus pense que tout le monde peut aimer tout le monde, peut être pensait-il à autre chose que ce que l’on a interprété. » Et va même jusqu’à affirmer que « l’amour prêché par Jésus tel qu’il est interprété, est quelque chose de tout à fait impossible ». Le contraire de la guerre, selon Oz, n’est pas l’amour mais plutôt le compromis. À ce propos, rappelle-t-il, « Shmuel, idéaliste et Wald, pessimiste, vont se changer mutuellement ». Quant à Judas, il intéresse Amos Oz sur son trait de caractère le plus célèbre : « Qu’est-ce qu’un traitre ? Qu’est-ce qui fait qu’un traitre est considéré comme traitre ? ». Et de rappeler l’origine de son intérêt pour cette question : « Mon père s’appelait Judas. Mon fils s’appelle aussi Judas. C’est quelque chose qui m’intéresse depuis mes 16 ans. De plus, cette traitrise de Judas, on peut considérer que c’était en quelque sorte le Tchernobyl de l’antisémitisme (…) Pourquoi Judas qui avait les moyens vendrait-il son maitre, son idole, son enseignant pour quelque chose comme 600 euros actuels ? Je trouvais que ça ne cadrait absolument pas. (…) Judas a cru en Jésus même plus que Jésus ne croyait en lui-même ». L’écrivain israélien espère que ce livre, qu’il a écrit en cinq ans, bousculera les clichés antisémites : « Le monde chrétien lorsqu’il l’a découvert a été choqué. C’est comme un électrochoc que de lire cela : le premier chrétien est mort ainsi, c’était également le dernier chrétien, et le seul chrétien. Un électrochoc dont personnellement je me réjouis. Je crois qu’il est bien mérité, peut-être également cela pourra-t-il un petit peu atténuer ce Tchernobyl de l’antisémitisme. » Mais il précise tout de même qu’il n’a pas écrit ce livre afin d’en faire un manifeste pour l’une ou l’autre des opinions qui y sont représentées : « Personnellement je n’ai pas de préférence pour l’un ou l’autre des personnages, ou des idées de ce roman. Je vais d’ailleurs vous donner un petit truc : il faut vous mettre dans des visions très contradictoires. Je n’ai pas voulu écrire un manifeste politique ou un roman. L’écrivain doit pouvoir se mettre à la place de l’autre. Il faut pouvoir décrire avec la même ferveur, deux ou trois visions opposées. » Et de rappeler, encore, une fois, sa conviction : « Je suis évolutionniste. Je crois aux compromis (…) et le contraire du compromis, ce n’est pas l’idéal, l’idéalisme, mais c’est le fanatisme et la mort. » Simon Bentolila Magazine littéraire