La terre qui penche.Carole Martinez

Quatre ans et près de deux siècles ont passé depuis le dernier roman de Carole Martinez. En 2011, elle recevait le Goncourt des lycéens avec Du domaine des Murmures. Ce deuxième roman nous entraînait déjà au Moyen Âge, vers l'an 1180, dans la vie de la jeune Esclarmonde, qui, refusant d'épouser Lothaire, le prétendant immature et arrogant auquel son père la destinait, choisissait de vouer sa vie à Dieu. Nous revoici au domaine des Murmures, mais cette fois-ci, en 1361. Blanche est morte à l'âge de douze ans et pourtant c'est bien elle qui nous parle. Elle, ou plus exactement son âme, qui a vieilli par-delà la mort. L'enfance se raconte au présent et la vieillesse s'émerveille, s'étonne, s'effraie de se voir ainsi parée de ses plus beaux atours et de s'enfoncer dans la forêt profonde, conduite par son rustre de père vers un avenir dont elle ignore absolument tout. Persuadée qu'on l'offre au diable filou en échange de la disparition des misères, de meilleures récoltes ou de la fin de cette peste qui ronge ses terres et lui a enlevé sa mère, elle avance ainsi, la peur au ventre, vers l'inconnu. Au bout du chemin, de l'autre côté de la forêt, se trouve cette terre qui penche du fameux domaine des Murmures, mais surtout la vie de femme qui l'attend. Pourquoi veut-on la marier à cet enfant aux yeux clairs et au regard vide ? Qui était vraiment cette mère qu'elle n'a jamais connue ? Et ce père, aujourd'hui si répugnant, autrefois tant admiré ? Quelle puissance étrange anime la Loue, rivière aux humeurs changeantes qui façonne les destins ? Entre roman initiatique, fable onirique et chanson de geste, Carole Martinez nous convie à sa propre table ronde, une légende toute personnelle où les femmes ont depuis bien longtemps remplacé les traditionnels chevaliers.Le point