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Les demeures interdites dévoilées par Jacques Abeille.dans la taverne du doge Loredan

Dans la bibliographie de Jacques Abeille, les récits érotiques occupent une place à part. Loin d'être relégués au rang d'oeuvres mineures, ceux-ci constituent des invitations à caresser de plus près les contours de sa plume. Prenant d'assaut les sens de ses lecteurs, immergeant ses proies dans un bain de jouvence émotionnel, c'est à un feu d'art-maléfices que Jacques Abeille fait exploser dans ces pages presque vierges de tout regard, au coeur de ces écrins insoupçonnables, et d'autant plus délectables. Belle Humeur en la demeure, paru il y a tout juste quelques années de cela(2006) dans la collection du Mercure Galant, fait partie de ces pièces où le plaisir-maître est de faire naître chez le lecteur des sensations primaires, primesautières à la lisière des corps parcourus et des espaces possédés. Figure de proue de l'érotisme selon Jacques Abeille, la servante, ambivaillante, par petites touches, par dévoilements et effeuillements successifs, se donne à la masure, à son air tout empli des empreintes du passé, se laissant dépossédée de sa pudeur pour mieux apprivoiser celle qui l'environne. Complice de l'épanouissement érotique des êtres qui évoluent sous son toit, c'est elle qui, en premier lieu, de prime abord, doit recevoir l'offrande de la belle servante. De moins en moins réticente à délaisser les accessoires vestimentaires qui entravent son appartenance à la bâtisse, à s'adonner, avec un dévouement qui confine à l'obsession, aux tâches qui la compromettent dans des postures pour le moins suggestives, se laissant aller et guider par delà les obstacles de la demeure, elle finit par s'abandonner, définitivement, à des jeux qui réveillent la vitalité du maître des lieux. Ombre parmi les ombres, troublante et mouvante, la discrétion de celui-ci ne peut qu'attiser l'imagination enfiévrée de la fieffée coquine, d'autant plus bouillonnante que le maître se dérobe à ses pièges tendus d'une main de maître. Le cache-cache complice retarde les effets dévastateurs qui sont amener à jaillir d'une telle relation. Intenable tentation qu'elle se plaît à aiguiser, à exacerber, jusqu'à l'extrême réaction enchaînante, la petite bonne se complaît dans une innocence toute en apparence, toute en esquisse, ressemblant par là même aux dessins indécents illustrant les pages d'un volume laissé sournoisement à l'abandon, au pied de la bibliothèque du maître. Ses yeux se prêtent aux pêchés qu'elle aimerait commettre, dont elle imagine la teneur, sans pouvoir percevoir toute l'explosion sensuelle que ceux-ci engendreraient. Offerte à l'espace présent, à celui qui y passe le plus clair de son temps, celui qui feuillette les livres, comme on caresserait les trappes secrètes du corps féminin, elle ne s'appartient déjà plus tout à fait. « Sur quoi son imagination développe une rêverie qui fait du sexe féminin et du livre deux êtres analogues, et peut-être rivaux, destinés tous deux à être feuilletés d'un doigt délicat et à être pénétrés, l'un d'un regard condamné à une caresse superficielle, glissant jusqu'au mystère sans issue de la cousure enfouie dans la reliure et d'où s'élance toujours renouvelé le ressac des pages, l'autre par un dard vigoureux, épanouissant son empire dans un suave fourreau où palpite l'autre, l'ultime mystère. » Elle est ici découverte, prête à lui ouvrir les portes de sa plus intime demeure, de lui procurer les frissons susceptibles de l'habiter au plus profond de sa chair, de s'attacher à ses sévices par un cordon aussi ténu que vigoureux. La plume de Jacques Abeille épouse les corps dans leurs ballets échevelés et incandescents. Elle caresse la moindre de leurs parcelles, intercepte les sensations qui s'emparent des amants complices, capturant les jouissances qui en découlent. En ce lieu, où les rôles sont intervertis, pervertis dirons-nous, où le maître, croit dominer là où, supplicié malgré lui, ne fait que suivre aux doigts et à l'oeil les expériences manigancées par la petite bonne, tandis qu'elle, de son côté, reste persuadée de subir les caprices de celui-ci, alors que finalement, elle ne fait que lui dicter par sa conduite harcelante, de jour comme de nuit, les gestes et caresses à accomplir quotidiennement.

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  • Amoureux de belles lettre.miriam-blayloc...

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