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Critique des jardins statuaires

Un homme se tient face à une statue : « Je ne pus tout d'abord parler. Je me débattais dans ma propre immobilité comme si la statue se fût emparée de mon corps et eût coulé sa pierre dans mes nerfs. » Futur lecteur des Jardins statuaires, autant vous prévenir. Vous serez, vous aussi, confronté à cette expérience bien étrange : sentir se glisser en vous une force tranquille et démesurée, tenace, une langue pétrie et cependant légère, venimeuse autant que d'une ampleur enivrante. Le roman de Jacques Abeille, Les Jardins statuaires, tient du miracle. Et comme tout miracle, il est parfois difficile d'y croire. Durant plus de trente ans, ce texte connut bien des malheurs : il fut perdu, retrouvé, publié (la première fois, c'était en 1982), reperdu, republié, oublié... Aujourd'hui, il ressuscite dans une édition raffinée. Il était une fois un voyageur. Il marche. « Je vis de grands champs d'hiver couverts d'oiseaux morts. Leurs ailes raidies traçaient à l'infini d'indéchiffrables sillons. Ce fut la nuit. » Il pénètre dans un pays où des jardiniers cultivent des statues. Il plonge dans un inconnu, un ailleurs, rencontre tout un peuple de créateurs aux moeurs inédites, se confronte à la création, s'interroge sur l'éphémère et l'éternité. A la fois récit de voyage et d'anticipation, roman d'aventures et fable philosophique, Les Jardins statuaires sont la preuve d'un talent insensé. « Je crus écrire l'oeuvre d'un fou », dit Jacques Abeille (né en 1942), auteur méconnu d'une trentaine d'ouvrages. Et puisque ici littérature rime avec folie, l'écrivain s'est laissé emporter dans une autre aventure, concoctée avec le graphiste François Schuiten, auteur de la couverture des nouveaux Jardins. De cette rencontre, qui leur donne des ailes, est né un roman graphique en grand format. Jardiniers à la façon de ceux des Jardins statuaires, Abeille et Schuiten nous offrent Les Mers perdues (ci-dessous), autre récit initiatique, aussi labyrinthique que merveilleux : un paradis littéraire. Le 30/10/2010 - Mise à jour le 18/09/2013 à 17h34 Martine Laval - Telerama n° 31

Les critiques

  • Une langue d’or au service d’un imaginai...

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