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De Buenos Aires à Paris, Julio Cortazar dans la nuit des villes

24 NOVEMBRE 2010 | PAR MARGUERITE Julio Cortazar, magnifique écrivain parmi les plus marquants du XXème siècle, traducteur, musicien, voyageur, arpenteur de la vie, homme engagé. Il faut lire Marelle, Les Armes secrètes, Tous les feux le feu, Le livre de Manuel... Je voudrais réunir ici un entretien réalisé à Paris, des chansons dont il a écrit les textes, chantées par le Cuarteto Cedron, et retrouver le lien tissé entre les frères Cedron et Paco Ibanez à travers d'autres chansons de cette deuxième moitié du Siglo Veinte. 220px-Cort%C3%A1zar.jpg Extrait d'un article de Jacobo Machover/La République des Lettres, 15 avril 1994 : Qui était réellement Julio Cortazar ? Une énigme qui, dix ans après sa mort à Paris, n'est pas près d'être résolue et qui continue à projeter un halo de mystère autour de sa personne et de son oeuvre. Nombreux sont ceux qui refusent de parler de l'écrivain qui a marqué, comme pratiquement aucun autre, la génération latino-américaine des années 60. La plupart préfèrent s'en remettre à ses livres où il se découvre entièrement, selon le cercle de ses amis les plus intimes. Pourtant l'auteur de Marelle, son livre-culte, apparaît aujourd'hui, malgré tous les efforts qu'il a lui-même accomplis pour sembler le plus limpide possible, comme le résultat d'un persistant malentendu. Sa disparition a marqué la fin d'une époque. Le mythe Cortazar, qui était une réalité en Amérique latine, s'est dissous en fumée, en même temps que son créateur, par un après-midi ensoleillé et froid de février 1984. Julio Cortazar est né à Bruxelles en 1914, "le jour du premier bombardement allemand sur la ville", précise Ugné Karvelis, sa seconde femme. Son père, consul argentin en Belgique, emmena rapidement sa famille en Suisse, puis à Barcelone. Ses premiers souvenirs d'enfance proviennent de là: "un parc avec plein de trucs en couleurs", sûrement le parc Güell, de l'architecte catalan Antonio Gaudi. Puis vient le retour en Argentine et le choc initial, l'absence du père qui, "un jour est parti acheter des cigarettes et n'est plus jamais revenu." La scène est décrite dans l'une de ses nouvelles. Dès lors, Cortazar et son père décidèrent ensemble de s'oublier l'un et l'autre. Un jour, le père, qui s'appelait Julio lui aussi, refusa à son fils le droit de signer ses écrits de son nom. Beaucoup plus tard, dans les années '40, Julio Cortazar père entreprit une tentative de réconciliation avec son fils. Apparemment, la rencontre se déroula très mal. L'écrivain ne parla plus jamais de son père, même à ses plus proches relations. Mais, au hasard de certains de ses écrits, on peut apercevoir la figure d'un père absent qu'il n'a plus jamais voulu nommer. L'éducation familiale de Cortazar est assumée, dès lors, par sa mère et, surtout, par sa grand-mère, d'origine juive, née à Hambourg, qui a eu une influence certaine sur ses différents signes d'identité. Identité multiple, contradictoire, éloignée de la simplicité et de la naïveté auxquelles, parfois, il semblait aspirer, pour pouvoir se défaire d'une multitude de lieux d'adoption. Julio Cortazar était un peu belge, par sa naissance et sa manière de prononcer les "r", à la française, lorsqu'il parlait espagnol argentin, par volonté et parce que Buenos-Aires fut la première inspiratrice de son oeuvre, surtout dans ses deux premiers romans, tous deux inédits, Divertimento et El examen, latino-américain par son engagement politique et sentimental aux côtés de Cuba et du Nicaragua. Il fut, en plus, français par sa culture et sa nationalité. Sa naturalisation lui fut concédée en 1981 par François Mitterrand, au cours d'un acte hautement symbolique, en même temps qu'à Milan Kundera. Deux déracinés, l'un du Sud, l'autre de l'Est. Si à tout ce mélange, nous ajoutons l'influence qu'exerça sur lui la littérature anglo-saxonne, dans son versant fantastique, celui d'Edgar Allan Poe, nous arrivons à un puzzle qui définit un personnage qui a voulu être un exilé, mais qui ne l'était pas, qui a essayé d'être latino-américain beaucoup plus qu'argentin et, de plus, porte-parole des aspirations des peuples situés au sud de Rio Grande.

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