La petite Venise
Fraîchement débarquée de sa Chine natale, Shun Li est employée dans une usine textile de la banlieue romaine. La jeune femme espère grâce à ce travail obtenir ses papiers et faire venir son fils de 8 ans, resté au pays. Mais du jour au lendemain, Shun Li est transférée sur une petite île de la lagune vénitienne, Chioggia, où elle commence à travailler comme serveuse dans une taverne. C'est là que la jeune immigrée rencontre Bepi, ancien pêcheur d'origine slave surnommé le Poète par ses amis et devenu avec le temps un authentique habitant de la lagune. Entre ces deux êtres déracinés naît une amitié douce et sincère. Mais leur complicité naissante se heurte à la désapprobation de leurs communautés respectives...
LA CRITIQUE LORS DE LA SORTIE EN SALLE DU 13/06/2012
C'est une petite ville de pêcheurs, pas loin de Venise, immortalisée par Goldoni dans l'une de ses pièces. Le réalisateur filme Chioggia avec amour : on ne sait si son regard la rend plus belle l'été, au soleil, ou en automne, lorsque les eaux de la lagune l'envahissent, forçant les habitués des cafés à boire leur grappa les pieds dans l'eau... Shun Li travaille dans un de ces petits troquets. Ses compatriotes chinois lui ont payé le voyage, le permis de séjour, l'ont posée là et lui ont dit d'obéir. Pas facile : elle doit s'habituer à l'italien, qu'elle maîtrise mal, et à ces drôles de boissons que consomment les autochtones : du vin rouge mélangé à de l'orangeade, quelle drôle d'idée... Mais Shun Li accepte tout. Elle attend. Le jour lointain où elle aura suffisamment économisé pour faire venir de Chine son gamin. Un homme va l'y aider : Bepi, pêcheur retraité et poète amateur, tout en rides et en sourires...Ce qui naît entre eux, c'est la plus belle conséquence de l'amour : la douceur... Au grand étonnement de leur entourage, la serveuse et le poète semblent soudain se mouvoir dans un monde irréel, à la fois sensible et revigorant. Le réalisateur retrouve, en fait, la grande tradition du conte à l'italienne de jadis, le cinéma à la Vittorio De Sica, où le réalisme côtoyait la poésie, où les « gentils » étaient de doux rêveurs face à des « méchants » nostalgiques de leur pureté perdue... Chez Andrea Segre, les bons sentiments deviennent beaux, comme par miracle. Quand l'un des personnages s'inquiète du vide qui menace sa pauvre vie, les autres lui promettent aussitôt « des étincelles, des merveilles ». Et, soudain, tout le monde y croit... — Pierre Murat Telerama