L'ourle Alain Galan
Alain Galan est un écrivain magnifique. Sa prose, précise, respire comme un homme qui marche à travers les forêts et les landes. Et comme toute respiration, elle émane d’un corps qui la porte, corps de mots, vivant, mouvant, insinuant l’émotion subtile. Alain Galan ajoute, avec L’Ourle, une page à son grand livre de la nature. L’attention aux êtres, aux choses, aux signes des bêtes y est langage. Nous y apprenons le mal dont souffrent les chataîgniers depuis des centaines d’années, nommé le Mal de l’Encre. Et nous y savourons la métaphore que l’auteur file avec le mal dont souffrent les écrivains à la racine.
La voix d’Alain Galan fait partie de ces hautes tessitures seulement discernables lorsqu’on intime silence au sein de sa propre forêt intérieure, au-delà du tumulte contemporain. Cette voix relève d’ores et déjà, c’est certain, de la trace testimoniale. Et c’est en ceci qu’elle est insigne. Elle répond par la discrétion de son chant inaltéré au bruit séculier auquel collabore toute l’époque. C’est à dire qu’elle assume ses responsabilités, humblement, incertaine peut-être du cours prochain des choses, mais accomplissant par la beauté de ses maillages sémantiques comme un semis d’empreintes qu’il sera temps, à quelques générations d’ici, d’emprunter avec les certitudes qui conviendront alors.