Saison douce.Télérama
Le train ne s’arrête plus dans le petit village sarde, situé à moins d’une heure de la mer. Un coin « de bicoques et de rues délabrées, de vieilles baraques rafistolées à grand renfort de parpaings et d’aluminium anodisé ». Là-bas, subsiste encore une poignée de vieux couples silencieux et de veuves amollies par la solitude. La vie s’écoule comme elle peut, entre la culture des artichauts et le ménage quotidien. Jusqu’à « l’arrivée des envahisseurs ». Ils sont un petit groupe de migrants et d’humanitaires à s’installer dans une maison en ruine, sans eau courante ni électricité. D’un côté, les autochtones restent les bras ballants devant cette pauvre troupe qui vient de nulle part et ne parle pas leur langue. De l’autre, les « envahisseurs » ne tiennent pas à rester dans ce bout du monde qui ne ressemble pas à l’Europe de leurs rêves. Comment vivre avec cette déception de part et d’autre, cette défiance vis-à-vis de l’inconnu ? Ce sont les femmes, comme toujours dans les livres de l’Italienne Milena Agus, qui vont prendre les rênes de ce curieux équipage. Il n’y a plus à couper les cheveux en quatre lorsqu’il s’agit de nourrir les enfants et de diversifier le potager.
Depuis Mal de pierres, son premier roman traduit en français, en 2007, Milena Agus se place du côté des modestes, et s’installe avec les étrangers que nous sommes tous à tour de rôle. Elle parle avec vitalité de choses graves, privilégie une écriture pétillante pour éloigner les avaricieux du sentiment et tricote pour l’occasion un Noël de « rebuts de l’humanité » qui s’apparente à un conte. Quand vient le printemps et que les jours rallongent, Milena Agus s’assied avec nous sur une chaise de paille, devant la porte. On entend les oiseaux, l’air embaume mais le bonheur n’est qu’un passage, le temps d’Une saison douce. Écartant la mièvrerie, la romancière ne se fait pourtant pas d’illusion sur la nature humaine, généreuse un jour, oublieuse le lendemain.
Christine Ferniot Telerama