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Le disciple

La critique par Pierre Murat Telerama

Il est beau, jeune, ardent, charismatique. Et chrétien. Mais pas du genre à tendre l’autre joue quand on le frappe. Non : sa foi est folle, délirante, vengeresse. A coups de citations de la Bible apprises par cœur, il fulmine, rugit, condamne. Qui ? Les faibles, les lâches, les tièdes. Sa mère, qui a péché en divorçant. Les filles qui s’exhibent en bikini. Les homos qui se cachent et ceux qui se revendiquent tels. « Aucun chrétien n’est prêt à mourir pour sa foi », tonne-t-il. Lui, si. Le pire, chez cet ado de feu et de flamme que son idéalisme rend dangereux, c’est ce qu’il révèle d’une société russe aussi effrayante que lui. Une société où certains profs enseignent que Staline serait « un excellent manager ». Où d’autres contestent les théories de Darwin. Où l’antisémitisme et l’homophobie s’enflamment à la moindre étincelle… Très vite, Le Disciple devient un duel à mort entre un ange purificateur — et exterminateur — et une prof, seule à oser lui tenir tête… Mise en scène splendide, entre onirisme et épure, faite de plans-séquences et d’audaces visuelles : superbe séquence où l’ado traîne, dans les rues de la ville jusqu’à chez lui, un immense christ en croix qu’il a emprunté au lycée… Jusqu’ici, seuls les amateurs de théâtre connaissaient Kirill Serebrennikov pour ses transpositions sur scène de films ­célèbres (Les Idiots, de Lars von Trier, ou Rocco et ses frères, de Luchino Visconti). Son Disciple, qui terrifie et subjugue, en fait un cinéaste majeur.

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